5 choses que vous ignorez de moi, bis

Publié le par Lartemizia

Vous savez pourquoi je ne fais pas une T.S ? Tentative de suicide pour les initiés. Pour plusieurs raisons.
La première, toute simple, évidente : pas envie de mourir. Cette tentation ne serait que pour faire cesser la souffrance. Enfin poser les armes et me reposer. Mais même ça n’est pas permis à ceux qui en arrivent à cette extrémité. J’en sais quelque chose grâce, bizarre de dire grâce dans ces circonstances, grâce à un ami proche.  Il en a fait trois et m’a raconté le calvaire.
Les pompiers qui vous embarquent avec plus ou moins de délicatesse suivant votre état. Pas de reproches à leur faire, ils sont juste là pour vous sauver. Avec vous ou contre vous. Ils vous déposent aux urgences où, si vous avez pris des médicaments on vous fait un lavage d’estomac. Sympa comme traitement il paraît. Puis, de là, on vous envoi directement dans un service psychiatrique fermé pour vous protéger contre vous-même. L’enfermement, quelle torture.
On vous enferme avec vous-même, sans aucun objet familier qui pourrait vous rassurer. Juste avec votre immense souffrance et des médicaments pour vous éteindre. Vous n’êtes plus vous-même, juste un légume qui souffre. Drôle comme image, un légume souffrant. Vous êtes vous déjà imaginé un légume qui souffre ? Une endive molle, vous n’êtes plus que ça. Même plus la force de crier. Le cri de l’endive le soir au fond de la chambre forte …
Et cela dure des jours. Vous êtes seul face à des soignants. Des soignants que vous finissez par prendre pour des ennemis alors qu’ils ne  font que ce qu’ils peuvent et qu’ils suivent le protocole obligatoire. Une fois par jour, au mieux, vous rencontrer un psy, quelques minutes, une heure peut être. Un psy qui fait ce qu’il peut lui aussi avec le temps qu’il a à vous consacrer, un psy dont dépend votre vie. C’est lui qui décide si vous êtes encore dangereux pour vous ou pas. C’est lui qui décide de la dose des médicaments. C’est lui qui décide si vous restez quelques jours de plus un légume ou si vous retrouvez un semblant d’humanité. Tout votre être dépend d’une personne qui vous est totalement étrangère. Quelle souffrance ! Et vous restez toujours seul face à vous-même et à votre mal de vivre et les jours passent.
On finit par vous relâcher, parce qu’il n’y a pas assez de place, trop de TS … Vous vous retrouvez dehors, avec la fatigue en plus et les effets secondaires des médicaments avalés pendant le traitement dont les effets mettent un long moment à disparaître. Vous vous retrouvez au même point qu’avant, juste un peu plus faible encore…

Alors, je préfère encore rester à souffrir dans mon coin, essayant de faire bonne figure. Trouver, je ne sais pas où la force de continuer, la force de me battre, la force de m’en sortir.

Cette tentation, ce n’est pas la première fois que je la ressens, comme beaucoup je crois, et jamais je n’y ai cédé. Au fond, je dois être costaud. Parce que je la trouverais cette force pour continuer mon chemin.

Mais j’aimerais bien savoir où il est ce chemin. Je suis dans le noir ce soir, ce n’est même plus le brouillard. J’avais cru voir une étincelle, juste cette faible lueur qui vous aide à le trouver parce que vous vous sentez plus forte, parce que plus totalement seule face au monde. Mais la vie à soufflé dessus. Pfou ! Et le noir est encore plus profond qu’avant. C’est sûrement pour ça que j’ai tant de mal à renoncer à lui. Je me dis que s’il avait été un peu plus patient, nous aurions pu nous soutenir mutuellement. J’aurais aimé être là, pour lui quand il souffre et qu’il soit là, pour moi quand je souffre. Lui offrir le réconfort de mes bras, la chaleur de mes mots. Qu’il m’offre le réconfort de ses bras, la chaleur de ses mots. Ah, ses mots… Qu’est-ce qu’ils ont pu me faire du bien ! Mais ça, il ne l’a pas entrevu. J’étais trop loin pour cela. Foutus kilomètres ! Il a du juste sentir ma faiblesse, mon besoin de soutien et ne pas se sentir la force. Je n’ai pas su trouver les mots pour lui dire, ou trop tard…

Je n’ai pas trouvé ces fichues convocations et ne les cherche plus. Trop tard de toute façon. Déjà trois heures du matin, réveil à six heures pour être dans quel état ?
De toute façon, l’enjeu n’est pas si important. Ce n’est pas avec 24 heures de survol d’un programme que l’on peut combler des mois de travail acharné. J’en sais quelque chose, j’ai déjà donné.
Alors, pourquoi tenais-je tant à y aller à cette épreuve ? Parce qu’il me restait une étincelle d’espoir de ne pas être évincée de ce métier. Et oui, je souffre encore à l’idée que c’est ma dernière année d’enseignement des arts plastiques.
J’avais trouvé là, le juste équilibre entre mes passions, mes goûts, mes peurs. Passions, l’art en général. Goût, le goût de transmettre. Peurs, peur de la précarité dans ce monde de fou. Parce que je suis seule et parce que je ne veux plus dépendre financièrement de quelqu’un, parce que vivre de son art n’est pas une partie de plaisir, c’était pour moi une solution réconfortante. Et je me retrouve où ? Dans la plus belle des précarité en ayant sacrifié plusieurs années de création. Et j’en souffre, merde !

Me voilà donc face à un mur, très haut, plus haut chaque année et je ne trouve pas la porte. 

En choisissant le CRPE, j’ai sacrifié ma passion pour la sécurité matérielle et je n’en suis pas fière. Au-delà de ce sentiment un peu ridicule, je le concède, il faut que je vois clair en moi pour prendre la bonne décision.
Depuis des mois que je travaille ce concours, je doute. Le doute n’est pas le bon moteur pour la motivation. Et sans le meilleure des motivations, c’est peine perdue.
Choisir une voie par défaut pour moi, c’est un frein à l’envie, donc à la force de travail. Alors qu’il faut mettre toutes ses forces dans un concours.
Je passe mon temps à tenter de m’imaginer professeur des écoles, et je n’y arrive pas.  Ce n’est pas bon signe. Serais-ce parce que l’enseignement n’est pas tant que ça mon credo ? Me serai-je trompée sur mon goût pour la transmission du savoir ?
Pourtant, depuis que je sais un peu de choses sur l’art, depuis mes années d’étude dans mon école d’art, j’ai toujours adoré dire, expliquer, donner le peu que je savais. Il n’est qu’à demander à mes sœurs, à qui je faisais la leçon dès que l’occasion m’en était donnée. Je n’en avais pas vraiment conscience à l’époque, mais quelques phrases glanées au fil de leurs textes me l’ont encore confirmé il y a pas si longtemps que ça.
Pourtant, quand je suis dans une classe, face à une trentaine de gamins, je suis dans mon élément. Même si parfois, je perds patience, même si parfois ils m’agacent parce que je dois faire plus de discipline que de cours, même si parfois ils me fatiguent, je sais que je suis dans mon élément.
J’aime quand ils me surprennent par leurs créations.
J’aime quand je les vois s’interroger, se demander ce qu’il m’est passé par la tête pour leur donner une telle consigne et qu’à force d’échanges avec la classe, de propositions maladroites que je guide, ils comprennent et se jettent tête baissée dans l’aventure.
J’aime, lorsque je les vois arriver en début de cours, chargés de grands sacs pleins de matériel et qu’ils n’ont de cesse que de me montrer, me dire, m’expliquer à quoi ils ont pensé, ce qu’ils veulent fabriquer.
J’aime, pendant le temps de ce que la pédagogie des arts plastiques nomme la verbalisation, ils expliquent devant la classe, leur idée, les moyens utilisés pour aboutir à un résultat parfois maladroit, souvent très poétique.
J’aime être juste un guide pour développer leur créativité.
J’aime ces moments magiques, où je profite d’une création d’élève, d’un problème auquel ils sont confrontés pour leur raconter un artiste, sa démarche créatrice. Parce qu’ils se sont posé une question, ils sont tellement plus réceptifs à la réponse d’un artiste.
Cette année, j’ai pour la première fois un ordinateur branché sur Internet et c’est le pied parce que lorsque me vient une référence artistique, tout de suite je peux leur en montrer l’image. Ainsi nous pouvons comparer leur réponse à celle de l’artiste. Cela rend l’art contemporain, si obscur pour le plus grand nombre, beaucoup plus familier. Et je me dis qu’à force de petits moments comme cela, ils n’ont plus ce réflexe que je rencontre si souvent chez les adultes de dire que c’est trop compliqué et qu’ils n’y comprennent rien. Faire la part belle au ressenti face à une œuvre, c’est ça ce que j’essaie de leur transmettre.
Bon, vous aurez compris, c’est ça mon élément ! Mais l’éducation nationale ne veut pas de moi, parce qu’elle ne veut plus des arts plastiques à l’école. C’est dommage, j’ai le sentiment de faire de mieux en mieux mon métier.

Et j’ai égaré ma convocation pour l’épreuve de demain, non, de tout à l’heure. Acte manqué par excellence. Serait-ce un signe que je dois savoir interpréter ?

Quand je raconte mes galères professionnelles, certains me disent qu’il n’y a pas que l’éducation nationale. Je rétorque que donner des cours privés dans le cadre d’une association, ici, ce n’est pas gagné d’avance tellement l’art est étranger à leurs préoccupations. Alors, partir d’ici ? J’en rêve, mais quel risque ! Partir pour aller où ? Partir et déchirer les filles encore une fois en les séparant de leur père ? Quitter une situation précaire mais où j’arrive quand même, tant bien que mal à les nourrir, les chauffer, leur donner ce confort indispensable à un bon développement. Et oui, j’ai peur. Peur de descendre encore plus bas. Qu’est ce qu’il est haut ce foutu mur !

Bon, les larmes ont cessé. Je suis épuisée, mais paradoxalement je crois que j’ai retrouvé quelques forces en vidant mon sac. Tout à l’heure, je n’irais pas à cette épreuve, je me remettrais sagement à l’étude pour le CRPE. Parce que n’ayant pas encore trouvé de réponse, il me faut bien continuer dans cette voie. Chasser mes doutes et bosser coûte que coûte au moins jusqu’à l’épreuve. Ce serait dommage de gâcher tout, le peu, que j’ai assimilé depuis septembre. Et à exprimer mon bonheur en présence des élèves, je me dis que c’est peut être pas si mal que ça pour moi d’être professeur des écoles...

En me donnant cette chaîne à poursuivre, « 5 choses que vous ignorez de moi », Luciole ne savait pas ce que ça allait déclencher chez moi. Comme si une barrière était tombée et que j’osais enfin, réellement me livrer ici. Je me trouve toujours terriblement indécente et fragile face au regard des autres. Tout ce que j’espère, c’est ne pas être confronté à la malveillance. Tout ce que j’espère, c’est que personne de ce village où j’habite, ne connaît l’adresse de ce blog, parce que la malveillance, ils connaissent. Je sais, cela fait 15 ans que je les côtoie… oh! la paranoïaque…

Publié dans Au jour le jour

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<br /> <br /> mdr, l'idée, c'est pas pour demain, c'est pour plus tard. Il s'agit juste de te mettre quelques disques que tu devrais aimer en MP3 sur un CD et de te l'envoyer. c'est écrire ce que je veux te<br /> dire sur les morceaux qui attendras demain car là je suis trop nase. Je suis balade, complètement balade…<br /> <br /> <br /> Posté par akynou/racontars, 08 février 2007 à 00:45<br /> <br /> <br /> <br />
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<br /> <br /> Comment, on ne peut plus dire que tu vis à Nancy-les-belles-eaux… Ha mince, j'lai dit, désolée… ;-)<br /> J'ai reçu la musique, j'ai écouté, je t'en parlerai demain dans un mail. Ça m'a donné une idée.<br /> <br /> <br /> Posté par akynou/racontars, 08 février 2007 à 00:02<br /> <br /> <br /> <br />
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<br /> <br /> Je plussoie sur Luce. Sur la Toile, il y a toujours quelqu'un pour trouver la bouteille et y mettre un peu de courage avant de te la renvoyer.<br /> et tu peux ouvrir un deuxième blog spécial épanchement, où tu es moins incarnée.<br /> <br /> Professeur des écoles te fera enseigner d'autres matière que les arts plastiques, mais justement, tu pourras aussi y sensibiliser les plus jeunes plus tôt. La professeur d'arts plastiques de<br /> l'école des filles est une jeune femme merveilleuse qui ouvre les enfants à ce monde et les encourage dans leur créativité.<br /> <br /> Je t'embrasse<br /> <br /> <br /> Posté par akynou, 07 février 2007 à 13:18<br /> <br /> <br /> <br />
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<br /> <br /> J'ai retrouvé ça dans mes archives, ça te fera echo je pense :<br /> http://luciolenice.canalblog.com/archives/2005/07/30/690075.html#c5302772<br /> <br /> <br /> Posté par luciole, 07 février 2007 à 09:36<br /> <br /> <br /> <br />
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<br /> <br /> Les mots ici, sont comme des bouteilles à la mer, à l'amer parfois. Qui les trouvent vient soit donner du réconfort, soit passe son chemin en silence. Pour la malveillance de qui te connaîtrais<br /> tu peux avoir un tout petit peu plus d'anonymat, un pseudo moins proche, jamais de photo ni de toi ni de tes proches, changer les noms des lieux, des gens... Parfois, se cacher un peu plus aide à<br /> mieux se montrer...<br /> <br /> Moi j'ai fait le choix d'être assez facilement identifiable et d'assumer, mais je suis dans une grande ville. Ceci dit à Nice, j'ai eu droit à quelques réflexions de gens qui ont découvert mon<br /> blog. Je leur ai dit, si vous avez quelques choses à en dire, dîtes le dans les commentaires, publiquement, comme je le fais moi même, sinon, taisez vous. Je n'ai pas eu de com de leur part et<br /> ils ne m'en ont plus parler.<br /> <br /> Par ailleurs, n'oublies pas que tu as survécu à pire, tellement pire... Et crois moi sur parole, plus grand est le désespoir plus impressionnante est la renaissance, car renaissance il y a<br /> toujours. Je t'aime.<br /> <br /> <br /> Posté par luciole, 07 février 2007 à 09:28<br /> <br /> <br /> <br />
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